Le mystère de la « Grande démission » :

Le mystère de la « Grande démission » :

Comment expliquer les difficultés actuelles de recrutement en France ?

Publié mardi 04 janvier 2022 à 17h27dans Actualités

Le mystère de la « Grande démission » : comment expliquer les difficultés actuelles de recrutement en France ? (theconversation.com)

 

Ça y est, la « Grande démission » (« Big Quit ») arrive en France. La vague de départs volontaires enregistrée aux États-Unis l’été dernier, plus de 4,3 millions de salariés au seul mois d’août, du jamais vu depuis que les statistiques américaines sur les démissions existent, atteint aujourd’hui l’Hexagone. Elle semble toucher tous les salariés, les moins comme les plus qualifiés, dans les PME et les grands groupes.

Les chiffres et les exemples sont sans appel. D’après la Banque de France, 300 000 emplois restent actuellement à pourvoir. Selon Numeum, l’association représentative du secteur du numérique, il manquerait environ 10 000 ingénieurs informatiques en France. La dernière étude de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) évalue à 80 % la proportion de ses membres confrontés à des difficultés de recrutement liées à une pénurie de main-d’œuvre.

Or, si la crise sanitaire vient mettre l’accent sur ce phénomène, il n’est pas nouveau et c’est précisément ce qui inquiète les entreprises. En 2018, d’après l’Insee, 45 % des entreprises, tous secteurs confondus, déclaraient faire face à des difficultés de recrutement, contre seulement 21 % en 2015.

Insee (2018)

Cette tendance concernait déjà tous les secteurs. Selon une étude du ministère du Travail, 6 métiers sur 10 étaient ainsi en forte tension de recrutement en 2019, contre 1 sur 4 en 2015, en particulier dans les secteurs de l’aide à domicile, du transport routier, de la production industrielle, de l’hôtellerie et de la restauration. Un des premiers défis des agences d’intérim est désormais de trouver des candidats qui se présentent au premier jour d’embauche.

« Ruptures »

Comment l’expliquer ? Une première raison tient au déséquilibre entre l’offre et la demande. En effet, le taux de chômage, attendu à 7,6 % d’ici à la fin de l’année en France, est à son plus bas niveau depuis 2008, et si c’est une bonne nouvelle pour les salariés, cela crée inévitablement des tensions sur le marché de l’emploi.

Un autre fait marquant tient dans l’incapacité de certaines filières de formation à répondre aux besoins des employeurs, ce qui oblige ces derniers à diversifier considérablement le profil de leurs nouvelles recrues, sur des métiers en tension, comme nous l’a confié le DRH d’un grand groupe du secteur de l’énergie :

« On a beaucoup de mal à recruter des opérateurs, alors on a mis en place des méthodes d’évaluation qui nous ont permis d’intégrer des boulangers ou des esthéticiennes qui n’ont pas les compétences techniques. Mais on les a choisis, sans tenir compte de leur CV, parce qu’ils ont les socles de compétences indispensables comme la rigueur et le respect de consignes, ensuite nous les formons et les développons à nos métiers ».

Cependant, il semble que ces explications, d’ordre macroéconomique, ne suffisent pas à comprendre les pénuries de main-d’œuvre actuelles. En effet, à celles-ci s’ajoute un phénomène plus diffus, plus difficile à mesurer statistiquement mais tout aussi important : les salariés remettraient de plus en plus souvent en cause le pacte social et moral aujourd’hui proposé par les entreprises.

Encore une fois, le phénomène n’est pas nouveau, mais la longue période de questionnement que la crise sanitaire a engendrée semble avoir joué un rôle de catalyseur pour beaucoup de salariés, en particulier les plus jeunes, qui n’hésitent plus désormais à quitter leur emploi.

Ruptures, film documentaire « coup de cœur » du nouveau Festival international du film écologique et social de Cannes, est à ce titre révélateur. Ce film d’Arthur Gosset raconte le parcours de six jeunes diplômés d’écoles de management qui remettent en cause le modèle économique contemporain et aspirent à trouver du sens à leur travail. « Au bout de quelques mois, je réalise que j’étais dans un bullshit job » ; déçue, cette jeune salariée en poste chez un leader américain du secteur de la grande distribution décide alors de démissionner.

Nos coordonnées

M&G Consulting

  • M&G Consulting
  • 11 Rue Gustave Eiffel
  • 45000 ORLEANS